lundi 9 juillet 2018

Ali Ideflawen


Un nouvel album d’Ali Ideflawen dédié à Mohya
Le chanteur engagé des années 70, Ali Ideflawen de son vrai nom Ali Ait Ferhat, l’interprète de la célèbre chanson du bagne « Berrouaghia » écrite par Mouhya. Avec son riche répertoire de dix album vient juste d’éditer son onzième album intitulé « Yamas-d-Mis ».Ali à tenu à dédié son nouvel album au poète d’expression kabyle Mohya.
Berrouaghia est une commune de la wilaya de Médéa, tristement célèbre par sa prison, dans laquelle plusieurs militants de la cause berbères et des droits de l’homme en1980 et 1985, ont été emprisonnés, humiliés, torturés dans ce bagne qui rappelle bien les temps les plus atroces de la déchéance humaine.
Ce poème de Mohya, de son vrai nom Mohia Abdallah, chanté par Ferhat imazigen imoula, Ali ideflawen (Ait Ferhat Ali) est une adaptation d’un poème de SEGHERS chanté par Leo Ferré « merde à Vauban ».il est également l’auteur de - Tahya Brizidan (vive le président), ammarezg-negh (oh ! notre bonheur),chantés toujours par Ferhat. A win iheddren-fell-i (Takfarinas), ay arrac negh (Idir).
Le poème que j’ai essayé de traduire textuellement dont voici le texte
-D-amehbus d bu ikurdan Emprisonné, dans un bagne
-Di Berrouaghia A Berrouaghia
-Ccigh aghrum d-abberkan Mangeant du pain moisi
-Di Berrouaghia A Berrouaghia
-Tinna akken i-ggigh tettru Celle, laissé en pleurs
-Mi ghadden laghwam lorsque les années passent
-Ugadegh ayi tettu j’ai peur, qu’elle ne m’oublie
-Ah ya din qessam Oh sacré de bon dieu
-Amehbus d-bu snasel Prisonnier, enchainé
-Yerna ur xdimagh Pourtant je n’ai rien fait
-Di Berrouaghia ncekel A Berrouaghia, ligoté
-Akken ad issenegh Au motif d’insoumis
-Refdegh allen-iw s-igenni Je lève les yeux vers le ciel
-yeghli-d fell-i tlam Le jour s’est obscurci
-Nnigh-as ass-a ad i yawi je sens venir ma fin
-Ah ya din qessam Oh sacré de bon dieu
-D-amehbus dagi yewghar L’enfermement est dur
-Di Berrouaghia A Berrouaghia
-am tejra i netghar comme un arbre qui meurt
-Di Berrouaghia A Berrouaghia
-Zik nni mi nesfillit Jadis fidel à mes vœux
-Ad xedmegh lewqam d’accomplir de bons actes
-zighen zehr-iw d-irit Helas, je n’ai point de chance
-ah ya ddin qessam Oh sacré de bon dieu
-D-amehbus andda –tt tura Emprisonné, ou est-elle ?
-Akin i wedrar Au-delà des montagnes
-Akken ad amnegh tura Bien plus loin maintenant
-Mi ruhegh ad zigh ghur-es Quand je me sentais prés d’elle
-Ad rzugh ghur em Et que j’allais à sa rencontre
-Yetgami ay-id yas ides le sommeil s’éloignait
-Izad negh yugar un peu plus un peu moins
-Zrigh d-acu iggunin Je sais ce qui m’attend
-Dagi ara mtegh C’est ici que je mourais
-Immettawen d-gi ur llin Mes larmes se sont taries
-Ass-en m-ad fghegh Le jour de ma sortie
-Ad asen ad iy-awin Ils viendront me chercher
-Ad bedlegh axxam Je changerais de cellule
-Ad sughegh ddaw tmedlin sous les pierres tombales, je crierais
-ah ya ddin qessam Oh sacré de bon dieu !
Un rêve d’enfant qui reste accroché à ma mémoire est de voir tous ses artistes présent à un grand rendez vous à Guenzet nith Yala pour rendre hommage aux artistes de la région et en particulier à Dda Brahim Bellali

jeudi 26 avril 2018

IMESDURAR (les montagnards)


IMESDURAR (les montagnards)
Idurar t-tidet cebhen
Les montagnes sont certes belles
S uqerruy iw ar cebhen
Sur ma tête qu’elles sont belles
Ar cebhen amzun d laz
Aussi belle que la faim
D laz akw i ten icebhen
C’est même la faim qui les embellit
Yegguggug yef yedyayen
Elle fleurit sur les pierres
Idyayen i yef nejtutel
Pierres sur lesquelles nous restons agrippés
Deg wayen i cnan wid i iy izwaren
De tout ce qu’ont chanté nos Prédécesseurs
Ar assa tidet teffer
Une vérité reste encore à dire :
Cbaha bb win t yedyayen
La beauté est le lot des pierres
Laz yeqqim i emesdurar
La faim celui des montagnards
Imesdurar n twayit
Les montagnards de malheur
Tawayit tezzi yasen
Le malheur les entoure
Ala nettat i ten ihemmlen
Et n’ont que lui pour les aimer
Themmel iten i tmettant
Il les aime pour la mort
Tmettaten yef wayen ur tetten
Mourir pour des causes d’autrui
Akw d wid ara ten iccen
Celles des exploiteurs
Sawalen asen d ad nyen
Ils leur font appel
Tinekkriwen g yemyiden
Sans briser les soulèvements
Iyallen m’ara buren
Les bras inoccupés
Awi d w’ara ten yayen
ne demandent qu’acquéreur
Ansi i d yekka waya ?
Où sont les autres ?
Ayagi yekka d
Ce phénomène vient
Si tesyiret tasihrant tameqwrahant
De la grande production capitaliste
I d ikkren deg wzayar
Développée dans la plaine
Yerzan taxeddimt bb wedrar
Et qui écrase la production parcellaire rurale
Anwa i d amesdrar assa
Quel est aujourd’hui le paysan
tesserwa tmurt is ?
Qui se suffit à lui-même ?
Assagi:Tayat is t-tcabcaqt n uyefki
Pour chèvre, une boîte de lait
Asyar is t taqereet n lgaz
Pour chèvre, une boîte de lait
Tibhirt is d ssuq
Pour potager, le souk
Awi d kan tadrimt
Pourvu qu’il en ait l’argent
Anidat ?
L’argent
Tadrimt trebba aqacuc
L’argent s’entasse là-bas
Di temdinin f izuyar
Dans les villes bâties sur les plaines
Izuyar sufella idurar
Plaines au-dessus des montagnes
Sayasen t id iyallen
Il est produit par les bras
Tetten t ala at ieebbad
Confisqué par les ventrus
Widak nni yitetten
Ceux-là mêmes qui nous enchaînent
Ttfen tamurt di Marikan
Ils détiennent le pouvoir au USA
Di Rrus d wanda ssawden
En URSS et partout dans le monde
Tekkan yef wid mi ttaken iysan
S’appuyant sur ceux auxquels ils jettent les os
Idan wid iy ihekmen
Ces chiens qui nous gouvernent
Ay iyallen akken nella
Bras autant que nous sommes
Nella d wid iburen
Que nous soyons chômeurs
Ney d wid n lluzinat
Ou ouvriers d’usine
Amenny iy icebbwlen
Nos luttes intestines
Macci garanay ara d yas
Doivent disparaître
Wiy ismerkayen anida-t ?
Voyons plutôt leur instigateur
Kkret a nedduklet fellas
Unissons-nous contre lui
A nefrut bb waggaraney
Et la paix sera
Ddunit a tbedddel llsas
Le monde changera de base
Ad yali yitij nney
Notre soleil resplendira
F.I.I

dimanche 15 avril 2018

Le testament de Dda Ali Umouche


Kerma Ali
Ali Umouche, (Kerma Ali ),est un joyeux compère, et un bon vivant, notre gai luron du village, Dda Ali aimait s’amuser et les rigolades à la bonne franquette l’enchantaient. Chauffeur de taxi jusqu’à sa mort, il fut même chauffeur d’ambulance en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale.
On lui reconnait deux passions, la musique et la passion de manger.car jouer des mâchoires, mettre plein la panse et vider une bouteille de soda d’un trait ,c’est faire honneur à un reps disait-il. Un mangeur invétéré et un boulimique sans égal. On racontait qu’un enfant s’est pris de vertiges et d’évanouissement, juste en le regardant engloutir avec voracité, et vider des deux mains une corbeille pleine de figues.
C’était aussi, un mordu de la musique, il appréciait spécialement, les instruments à vent, il ne ratait presque jamais une fête, un mariage, un baptême, pour étaler toute sa classe et se donner à cœur joie, avec son instrument préféré la cornemuse, qu’il chérissait comme un être humain.
Il arrivait que les gens du village créent spontanément un événement juste pour le voir jouer, et c’est tout le village qui est en fête, petit et grand, se rassemblait dans une ambiance conviviale et qui se terminait tard dans la nuit.
Dda Ali avait hérité d’une parcelle de terre au lieu-dit « l’ghar ughilas » (la tanière du tigre), il continua sur le même chemin de son père (Kerma Arezki, Dda waki) à l’entretenir avec amour. C’était un pot de terre à mi-chemin entre Guenzet et Aourir, parsemé de figuiers et d’oliviers, est considéré comme le plus productif de toute la région.
Dda Ali, se sentait profondément attaché à sa terre, que sa famille travaillait depuis des générations, il prodiguait des soins particuliers à ces arbres, car dit-il, prenons le figuier par exemple, un arbre majestueux, un monument végétal, à lui seul, il est une véritable biocénose, qu’on appelle l’écosystème de la caprification du ficus.des procédures majestueusement réglementées par des normes naturelles. Celui qui tire ses origines de son ancêtre sauvage le caprifiguier (dukkar), tout comme l’olivier qui descend de l’oléastre (azedoudj), on lui connaît deux variétés, les pouponnières (caprificus) et les pépinières, ceux qui ont un rôle de fécondation et ceux qui produisent des fruits comestibles. Autrement dit, les premiers assurent la fonction male, alors que les seconds la fonction femelle.
Ce mode de fécondation suscite de l’admiration, voire de la dévolution. Jugez-en : pour polliniser la figue, la caprification se fait à la faveur d’un insecte qui ouvre un trou au bas de la figue, et en absence de ce dernier, les cultivateurs suspendent sur les branches du figuier, des figues sauvages pour que le blastophage assure la fécondation du fruit.
Mais dans les régions montagneuses, aux terrains maigres, poussiéreux et exposés à l’aquilon, la figue n’a pas besoin de caprification, car grâce à l’humidité qui dessèche le fruit et favorise la maturation, aidé par la chaleur qui fait perdre au fruit son suc laiteux et rend son pédoncule cassant.
Dda Ali, ajoute, le figuier est tellement enraciné dans le quotidien des paysans, qu’on le retrouve même dans le vocabulaire des montagnards, empruntés à un ensemble d’expressions qui résument la vie courante des villageois :
- être généreux comme un figuier.
- fragile comme un figuier, en rapport à la fragilité de ses branches et sa générosité en fruits.
La figue symbolise aussi la bienveillance et la fertilité, en raison du grand nombre de ses grains par l’expression : être juteuse comme une figue.
Le figuier, est pareil au montagnard kabyle, sec et noueux.il se plait autant sur les terrains arides et secs que sur les sols argileux.il peut atteindre entre 4 et 10 mètres de hauteur et donne ses fruits au bout d’une dizaine d’année et continue à produire jusqu'à 50 ans, voire plus. Avec un rendement de 30 à 80 kilogrammes des fruits.
Et Dda Ali finit par ajouter : dites-moi, y’a-t-il un arbre aussi tenace et prodigue que l’olivier ?
L’arbre de la patience par excellence !ne dit-on pas : « le grand-père plante, le père taille, et c’est le fils qui récolte les fruits !
Il est presque éternel, traverse les siècles par sa longévité, il est majestueux par sa taille.
Cet arbre est étroitement lié à la vie rurale des paysans. Quel est ce kabyle, fier et orgueilleux de sa montagne, qui ne voudrait pas être enterré sous un olivier ?
Il constitue la première espèce d’arbre fruitier planté principalement dans les collines et montagnes de Kabylie.il est aussi vénéré, respecté, l’arbre légendaire et mythique, car son fruit, l’olive, est source de nombreuses vertus.
Il est noueux et rugueux, mais c’est un arbre rassembleur et qui réanime le reflexe de solidarité entre villageois, à la cueillette des olives et contre toute logique c’est en hiver qu’il porte ses fruits quand la froidure condamne à mort tous les autres arbres disait Mouloud Mammeri.
L’olivier et le figuier sont spécifiquement et typiquement kabyles, ils constituent la trilogie de l’arboriculture méditerranéenne au côté de la vigne. Ces deux arbres revêtent un caractère sacré pour des raisons multiples, nutritives et divines.
Dda Ali, sentant sa mort proche, exhorta ses enfants un jour de l’emmener à son champ, il se rendit, tantôt au pied d’un figuier, tantôt au pied d’un olivier, en les enlaçant, et en les embrassant, les larmes aux yeux, pour un dernier adieu.
Il disait à ses enfants : « à ma mort, ne venez pas vous recueillir sur ma tombe, allez plutôt aux champs et prenez soin des arbres »
Dda Ali, nous a quittés en laissant derrière lui des souvenirs que l’on se remémore le temps d’un soupir.
Dda Ali est le fils de Dda waki um3ouche et de Bahmed Aya, l’époux de Zahra Laribi, la sœur de Taklit H’mida. Le père à Khaled, le défunt Madjid,Khelifa , Yahia Kamel, et de 3 filles.
l.ouali 2014

mardi 10 avril 2018

les gens qui font mon village


la femme et l'inconnu
Autrefois, la femme kabyle occupait une place prépondérante au sein de la société kabyle, car elle était la gardienne non seulement des traditions, de la langue, et des rites, mais elle était sans conteste aucun, le pilier de la collectivité en détenant l’économie familiale entre ses mains.des valeurs qu’elle porte en elle comme un diadème.
C’est une femme à fort caractère et très active. En plus de sa fonction maternelle et l’éducation des enfants, elle est rythmée par les taches domestiques, l’approvisionnement en eau, le travail de la terre, les récoltes, l’élevage de bétail, dans un environnement difficile et souvent hostile.il arrive également qu’elle occupe la fonction de chef de famille quand le père est absent. Elle prend alors les décisions qui s’imposaient, tout en prenant volontiers conseils auprès des plus âgés mais faisant toujours ce qu’elle désirait. Elle est l’ombre de l’homme.
On racontait, deux vieux qui discutaient à la djemaa quand l’un demanda à l’autre la permission de se servir des tuiles de sa vieille maison s’il n’en avait pas besoin. Sans hésitation, l’autre lui donna son accord, car en Kabylie, l’entraide était de mise.
Sans trop tarder, l’homme aidé par son fils se rendit illico presto vers la vieille maison, escalada le mur, et dans un geste de félin, attira sur le toit.il commença immédiatement à arracher les quelques tuiles restantes.
Le bruit parvenait jusqu'à dans la maison mitoyenne. La belle fille soucieuse, sorti à l’extérieur pour s’enquérir de la situation. Elle se retrouva en face à un bonhomme en plein activité sur le toit de leur maison.
Elle s’approcha davantage et cria à l’homme « hé monsieur, qu’est ce que vous faites sur le toit ? »
L’homme, très occupé à en finir, ne dédaignait même pas à répondre.
Ne voyant rien venir, la bonne dame revient à la charge et s’adressa de nouveau à l’homme tout en prenant soin de bien articuler les mots et d’hausser le ton.
-« hé, de grâce, monsieur, qu’est ce vous faites sur notre toit ? Le bon homme, muet comme une carpe, continua à arracher les tuiles sans se préoccuper un seul instant de ce qui se passait à quelques mètres au dessous.
Agacée par ce comportement, la belle-fille se rua à l’intérieur de la maison saisit le fusil de chasse, l’arma et le pointa en direction du bonhomme.
-hé, dit elle d’une voix forte et décidée :
-« si tu ne descends pas tout de suite de ce toit, je n’hésiterais pas à faire parler le feu, ce fusil entre mes mains, crachera deux coups de chevrotines et transformera ton corps en passoire !! »
Cette fois- ci, l’homme se retourna, et se rendit compte de la gravité de la situation, en apercevant à deux mètres de lui, une femme furieuse et pas du tout hésitante, armée d’un fusil à double canons et prête à faire feu.
Dans un élan de folie, il sauta du toit et prenant ses jambes au coup.il ne s’arrêta, qu’une fois, qu’il pointa le bout du nez devant le vieillard.
-qu’est ce vous avez à souffler comme un taureau ? dit le vieillard
-vous avez une folle chez vous, cher monsieur, votre belle-fille à pointé une arme sur moi ! »
-ah ! Bon dit curieusement le vieux qui se précipita désappointé chez lui.
-Mais femme !dit-il en enfonçant le grand portail en bois d’ébène, dans un grincement strident de frottement.
-« qu’est ce que vous avez fait au bonhomme, à qui j’ai permis de se servir des tuiles de l’ancienne maison ?
-Mais père répond la belle-fille : -« Comme c’est de coutume, en votre absence, je me suis permise d’agir en tant que chef de famille et comme le vilain monsieur faisait la sourde oreille à toutes mes demandes sur sa présence sur le toit, je l’ai alors menacé avec le fusil. »
-ah, bon répond, le vieillard, tout content de la réaction de la belle-fille, et finit par lâcher :
- « il le mérite alors ».
Merioul Lyakout dite Nna Koukou,l’épouse de Dda broukou, est la belle fille de Dda Slimane, est une femme courageuse et brave à qui je rends hommage à travers cet article,et par conséquent à toutes les femmes.
lyacout décéde le 14 juillet 2018 à 2h du matin .
l.Ouali-avril 2018

mercredi 7 mars 2018

Taklit H'hmida


du khôl pour Tamazight
Taklit H’mida née en 1922 à Guenzet nith yaala, de son vrai nom Laribi Taklit, epouse Kettal Athmane .fille de Laid (Ahlouche) et de Maada n’kassa.mére d’une fille unique .elle est la sœur de Mébarka dite Bekka de Bouzoulith et de Zahra H’mida, l’épouse de Dda Ali Um3ouche (Kerma Ali).
Elle était une fervente partisane de la culture berbère et animée d’un grand enthousiasme envers la cause amazigh.
Tout a commencé dans les années quatre-vingt, lorsque Mouloud Mammeri interdit alors de conférence à l’université de Tizi-Ouzou sur les poèmes Kabyles anciens qui étaient à l’origine de violente répression du mouvement linguistique berbérophone en Kabylie, qui ont prit par la suite l’appellation des événements du printemps berbère ou « le printemps noir ».
Celui-ci avait servi de détonateur et avait permis à Taklit et à de nombreux autres citoyens de prendre conscience de la dimension de la culture amazighe. Elle s’engage alors corps et âme à défendre Elle a vécu par la suite le soulèvement estudiantin de 1986 qui l’avait profondément marqué. Elle n’hésitait pas à se renseigner auprès des jeunes du mouvement culturel elle cherchait pertinemment à comprendre les véritables motivations et les raisons de ce soulèvement.
Taklit n’avait guère fréquenté les bancs de l’école, elle savait juste faire une chose ,elle s’est spécialisée dans la fabrication du « khôl »,une sorte de fard, noir ou gris, utilisé comme cosmétique pour maquiller, ou soigner les yeux, dont elle seule avait le secrèt de la confection de cette poudre.sa notoriété dépassait largement les frontières du village.
Petit à petit, elle saisit le sens et l’essence de ce combat. Elle finit par comprendre l’importance de son identité et de la langue maternelle, une langue qu’elle a toujours parlée mais qu’on lui a confisquée.
Il faut retourner à la source disait –elle.
C’est à ce moment qu’elle adhère, active et milite pour vivre sa berbérité pleinement et totalement.
Elle prend part à la manifestation de la grève des cartables en 1994 et en 2001.
Elle était au premier rang, parmi des centaines de militants et autres sympathisants lors des manifestations pacifiques du 20 avril organisée dans sa commune pour la reconnaissance de Tamazight langue nationale et officielle.une journée sanglante où la violence qui avait durée plus de deux ans avait fait cent vingt six morts (126) sur le tout le territoire, dont un (1),du village de Guenzet le nommé LYES YACOUB âgé alors de 13 ans ,le jeudi 21 juin 2001.
Elle était un des piliers du mouvement féminin de la région et faisait de Tamazight un combat et un idéal à atteindre.
Elle n’a jamais cessé son combat jusqu'à la reconnaissance de langue tamazight comme langue nationale en 2002.
Elle décède loin de son village, à Constantine en 2008.
L.OUALI 2014

lundi 18 décembre 2017

ith yaala,mon beau village: Les trésors cachés d’ith Yaala

ith yaala,mon beau village: Les trésors cachés d’ith Yaala: PORTES ET COFFRES DES BENI-YALA « À Guenzet, et plus largement, sur le territoire des ith Yaala, circulait un adage : au pays des beni Y...

Les trésors cachés d’ith Yaala


PORTES ET COFFRES DES BENI-YALA
« À Guenzet, et plus largement, sur le territoire des ith Yaala, circulait un adage : au pays des beni Yaala, poussent les ulémas, comme pousse l’herbe au printemps. »
Les forets qui dominent les villages des beni Yaala sont essentiellement composées de chênes verts, et dans un moindre degré de pins d’Alep. Certains documents romains font aussi état de la présence de cèdres sur les hauteurs.
Les artisans d’autrefois n’avaient à leur disposition que le pin d’Alep et le cèdre pour les travaux de menuiserie. Le pin d’Alep est un bois clair, franc. Légèrement dur, se travaille facilement au rabot, à la scie et au ciseau.il se prête bien à la sculpture et accepte sans problème la teinture et la cire.il convient d’ailleurs à merveille à l’apprentissage de la menuiserie.
Le cèdre, autre bois résineux, est plus joliment veiné et un peu plus dur que le pin d’Alep, à son tour il se travaille bien, lui aussi au rabot, à la scie et est idéal à la sculpture, résistant à la pourriture et aux parasites mais il est volontiers cassant et fendant .il suffit d’un coup de maillet appliqué de travers sur le bédane (proche du ciseau) ou un tenon légèrement fort et c’est l’éclatement de la mortaise.
Chez les beni Yaala, le pin d’Alep occupe une place prépondérante dans la fabrication des portes et essentiellement dans la confection des coffres. Tous les coffres répertoriés étaient en pin d’Alep, jamais en cèdre. Alors que selon un constat avéré, une exposition des bois durant un demi-siècle ou plus, aux intempéries, rendent quasiment impossible la distinction du moins à la première vue le cèdre du pin d’Alep.
M. Gast, y voit deux (2) raisons à cette affinité, qu’il qualifie d’ordre historique et culturel !mais bien d’autres raisons peuvent êtres évoquées, particulièrement d’ordre pratique car le cèdre est impropre à la conservation des aliments et transmettait également son odeur particulièrement aux laitages. Alors que rien de tel ne se produit avec les garde-manger en pin d’Alep. Les écoles professionnelle de Lafayette ont fait la désagréable expérience en utilisant le bois de cèdre dans la fabrication de plusieurs garde-manger comme la constaté Mr Louis-Robert Gordon durant les années cinquante.
Il faut dire aussi qu’en ces temps-là, les coffres ne servaient pas seulement à ranger les robes, les bijoux de femmes et parfois des armes. Mais, ils servaient également à cacher les mets succulents à l’abri des mouches, des chats et surtouts de jeunes enfants.
Le dernier menuisier-huchier (menuisier spécialisé dans la fabrication des huches et des coffres) des beni-yaala est un nommé Ben Atmane Ali* (Axxam Ubenathmane ?), et qui résidait à Guenzet vers les années quarante Les Ben Atmane étaient des artisans de père en fils. Ali devenu à son tour menuisier-huchier, se déplaçait avec son outillage de village en village, s’installait chez les clients pour la durée des travaux qui lui étaient commandés. Selon la coutume il y était nourri, logé et recevait en outre une paie en nature ou en espèces. Ali se chargeait d’abord avec l’aide une tiers- personne ,généralement un proche, du débitage des arbres en madriers et en planches selon ses besoins .puis il entrepose les matériaux chez lui en attendant de les utiliser.
Afin d’obtenir un bois convenablement sec, l’artisan doit respecter certaines règles héritées des traditions du métier, à savoir ,attendre environ huit mois pour chaque centimètres d’épaisseur avec le pin d’Alep et un peu plus avec le cèdre et la condition d’empiler soigneusement les planches de bois en intercalant entre chacune d’elles des liteaux pour assurer une bonne ventilation et éviter les éventuelles déformations reconnues dans la plus parts des coffres disjoints avec des pieds tordus et gauchis .
Selon les témoignages recueillis et le constat fait par Mr Gast, que se soit chez les Béni-Abbes, ou les beni Yaala, les artisans procédaient généralement de la même façon, et par des raisons de commodité, ils fabriquaient chez eux toutes les pièces constitutives des coffres, sculptées et peintes, puis les transportaient à dos de mulets chez les clients où ils les assemblaient. Pour les portes, il en allait tout autrement, car ses dimensions devaient correspondre exactement à celle du passage à fermer. Donc l’artisan était contraint de tout faire sur place, de la construction, la décoration à la fixation des deux vantaux, travaillant en étroite collaboration avec le maçon surtout pour la préparation et mise en place des pièces du linteau dans lesquels s’engageaient les pivots de la porte et le pêne (pièce mobile de la serrure) du verrou en bois.
Les artisans de ben Yaala utilisaient particulièrement deux (2) anciens outils : l’herminette (Tagelzimth n’jara) et le vilebrequin (Tabernint).
L’herminette, un outil que tous les kabyles en étaient munis, servait en même temps de pioche et de hache. Elle comporte deux parties finement forgées et tranchantes, l’une parallèle au manche de l’outil sert de hache, l’autre perpendiculaire comme d’une binette, servait à ébaucher le corroyage des planches (ensemble d’opérations qui consistent à dégrossir le bois). Quant au vilebrequin, minutieusement décrit dans l’ouvrage de M.Gast et Y.Assié, comme étant visiblement inspiré du vilebrequin européen. L’outil quoique rustique était particulièrement ingénieux composé d’une tige de fer ronde de 8à 9 millimètres de diamètre ,plusieurs fois coudée en forme de manivelle avec les deux extrémités arrangées en forme de forets et affutées afin d’ obtenir des trous pour chevilles, et des avant-trous pour les grands clous de fer.
L’artisan de ben Yaala utilisait évidement aussi le marteau et le couteau, outils de première nécessité, mais également le compas, la pointe à tracer, et dans les derniers temps le trusquin, l’outil de traçage. Les artisans se procuraient se dont ils avaient besoins de Bougie, non produits sur place, par l’intermédiaire des relations ou des colporteurs : scies, limes, râpes à bois, clous de tapissiers à tète de laiton ou de fer, et les gros cadenas de coffres appelés « serrures de bougies ».
Les coffres de ben Yaala
La plus part des coffres fabriqués à ith Yaala révélaient du pin d’Alep (Abouleg, Taida) pour des raisons citées plus haut. Il s’agit d’une caisse en bois, généralement de forme parallélépipédique et qui repose sur quatre gros pieds de bois massif. Le couvercle plat posé sur la partie haute, articulée sur des charnières en fer forgé.
Les flancs comportent deux planches de 30 à 40centimetres de large, tandis que les planches des cotés sont disposées comme celles de la face et du fond. Le dos est toujours plaqué sur le mur, ainsi il n’est jamais visible car dépourvu de décors, l’ensemble est encastré et cloué.
Ce meuble ainsi monté étant fragile et rigide, il alors renforcé par des bandeaux de bois qui encadrent des panneaux verticaux cloués sur la façade et les cotés sur lesquels sont peintes, sculptés des figures géométriques simples et complexes, des rosaces et des ajours qui laissent passer l’air et lumière. Quant au fond du coffre, formé d’une planche s’appuie aux les quatre coins sur des entailles creusées horizontalement sur les pieds, et soutenues par des entretoises clouées.
A l’intérieur de la caisse, un coffret est aménagée du coté droit ou du coté gauche qui joue le rôle du tiroir (leqjar), ou boite à bijoux.
Certains coffres possèdent des aménagements particuliers : double-fond, cache d’armes.
Les coffres sont agrémentés de couleurs chatoyantes, rouge vermillon, noir et jaune, de gravures, peintures et sculptures variées, sur les panneaux rapportés sur la façade et les cotés.
Ces décors varient constamment d’une pièce à une autre car chaque meuble se veut une pièce unique avec de légères constantes régionales qui semblent être l’expression du savoir –faire d’un artisan et de sa famille, qu’un style consacré et généralisé. Sans être une école ou bien une référence, cet art rural très fortement géométrique ou dominent les figures rectilinéaires simples (trait, chevron, croix, carré, triangle, losange), de figures curvilinéaires (cercle, ovale, palme, foliole, fleuron, bouton) et surtout le motif très particuliers propre au coffre Kabyles « la frise florale », des motifs qui perdurent depuis l’époque néolithique. G. Camps (1987, p. 11).
Les portes de ben Yaala
A Ben Yaala, les différents éléments d’une maison d’habitation s’ordonnaient autour d’une cour qui communiquaient avec l’extérieur par une porte à deux vantaux, assez large pour permettre le passage sans trop d’encombre des personnes et des animaux. Chaque vantail comportait un bâti composé de 2 montants de 10 à 12 centimètres de largeur sur 7à 8 cm d’épaisseur et de 5 à 6 cm de traverses de même section. Assemblées par des tenons et mortaises en bois,chevillés.
Les deux extrémités d’un montant, arrondies en forme de cylindre, servaient de pivots à la porte .l’extrémité supérieure s’engageait dans un trou cylindrique pratiqué au-dessus, dans le linteau, tandis que l’extrémité inferieure portant une ferrure (paumelle), tournait dans une crapaudine de pierre scellée dans le sol (pièce qui permet de faire pivoter le portail).
Le parement extérieur de la porte étant formé par des planches de 25à 30 centimètres de largeur sur 2.5 cm d’épaisseur, assemblées bord à bord et clouées sur le bâti par de grand clous de fer forgés. Les interstices étaient recouverts par des couvre-joints.de 6à 7 centimètres de largeur. Un gros verrou de bois en position verticale, fixé sur l’un des vantaux et assurait la fermeture du portail.
Le verrou de fermeture était intelligemment conçu, composé d’une longue pièce de bois coulissant entre les traverses supérieures du bâti et dont l’extrémité ayant une forme de tenon s’engageait au moment de la fermeture, dans la mortaise (un trou dans le bois) pratiquée dans le linteau (la partie supérieur de l’encadrement de la porte).sa partie médiane garnie d’une pièce articulée qui par un mouvement de rotation permet de libérer ou de bloquer le verrou en position haute pour la fermeture de la porte. Celle –ci s’ouvrait vers l’intérieure car le rebord du linteau en haut et une rangée de pierres enfoncées dans le sol empêchait la porte de s’ouvrir vers l’extérieur. Comme l’indique le schéma ci-dessous.
Un des vantaux était fréquemment percé d’un portillon bas et cintré .équipé d’un un petit verrou semblable à celui du vantail et d’un heurtoir (marteau de porte) en forme d’anneau fixé sur une demi-sphère qui permettait aux visiteurs de signaler leur présence.
Ces portes étaient de véritables chef-d’œuvre, décorées de motifs, formes, et sculptées, aux couleurs vives ou dominent le rouge, et le noir avec quelques variante de jaune .des rosaces, demi rosaces, des fibules qui s’ordonnaient verticalement et reliées par des chainettes faites d’entailles triangulaires, entrecoupées par des frises qui traversent horizontalement la porte.les couvre-joint également décorés de chanfreins, rainures, et d’entailles.
La surface libre est entièrement teinte de couleur rouge dans laquelle sont incrustés de petits cercles soulignés d’un trait noir représentant des yeux en rapport avec les cultes ancestraux destinée à chasser « le mauvais œil ». Toutes les couleurs étaient obtenues localement par un procédé de broyage de pierres (sels métalliques) auxquels on y ajoutait du blanc d’œuf. La couleur jaune provenait des roches de la montagne de « Thilla » et le noir était à base de suie.
BIBLIOGRAPHIE
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- MARCÁI S G , Matériaux pour un catalogue du Musée de Mustapha. Note sur un coffre kabyle. Revue africaine, LXVIII, 1927, pp. 92-98.
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L.Ouali decembre 2017

lundi 9 octobre 2017

les ith yaala (ceux d'en haut)


origine de guenzet
Lorsque, Yaala, le père fondateur d’ith Yaala n’tzemmourine par opposition à ith Yaala de Bouira (Touviret), qui possédait autrefois des biens aux portes de la ville la Qalaa Béni Hamed, aujourd’hui M’sila. Avait senti le danger venir, il décida avec ses proches en l’an 1061 de quitter pour toujours la citadelle, il se dirigea alors vers le nord fuyant ainsi les hommes aux méharis de banou-hillal.
Apres plusieurs jours de marche, ils aboutissent d’abord à un endroit appelé Chertioua (territoire actuel des Ouled Dahmane, descendants des banou hillal), qu’ils quittèrent précipitamment en raison de l’insécurité qui régnait.
Ils s’arrêtèrent enfin à un emplacement qui répondait aux désirs de Yaala, appelé « Louta n’Yaala » et qui porte toujours son nom.des terres qui appartiennes actuellement au nommé Guessoum Rabie dit Rabie u Seid de Taourirt Yacoub. En ces temps-là à la périphérie de Taourirt Yacoub, il y avait des « Nezouat » petits hameaux des autochtones : les Ait Ahmed Ouyoucef l’actuelle Lahdada autrefois amdoun ihaddaden(le bassin des forgerons) et les Zata (Anzaten) à tizi n’Zata non loin de l’actuel Zati. Yaala chercha alors une alliance avec ces familles.
A la mort de Yaala, enterré dans son mausolée qui se trouve aujourd’hui entre Taourirt Yacoub et Guenzet. Parmi les sept fils, six abandonnèrent cette clairière pour s’établir au milieu des hameaux où résidaient probablement les beaux-parents.
Les sept enfants de Yaala étaient :CHERARA ,ZERARA (on retrouve le nom à lahdada),SEID ,ABDERAHMANE (Tanaqoucht),MEDJBER(tizi medjber dite aussi Thighilt Taberkent),YACOUB (Taourirt Yacoub, qui englobait Taourirt Yacoub proprement dite, appelée également Taourirt Tamouqqrent,Ighil Hamouche-la crête des Hamouche-et Abadh ou Taourirt Tamezzyant en référence à la source découverte par le bouc de Yaala) et enfin YOUNES (Ouled Younes, dit le groupe de Chrea avec Foumlal.(Mouloud Gaid in les Ben-Yaala).
Guenzet le village actuel, n’était que des « Nezouat »qui veulent dire hameaux éparpillés dans les bois.
Et le nom de Guenzet, derive t-il de Nezouat ou Zata (Anzaten) ?
l.ouali octobre 2017

samedi 16 septembre 2017

Dda Abdellah, la mascotte du village


Une pensée envers ces gens qui ont perdu l’esprit
Dda Abdallah, le fou du village, une figure qui alimentait l’imaginaire collectif, car autrefois un village n’en était pas un, s’il ne possédait pas son propre fou ! Et Dda Abdallah, en est la mascotte du régiment, un personnage essentiel qui rythmait la vie au village.
Si les villageois pouvaient rire et s’amuser de ses histoires, comme bon leur semble, il n’en est pas possible pour les étrangers qui ne pouvaient pas se payer sa tete.car si les inconnus se moquaient de lui, c’est comme s’ils se moquaient de tout le village.
Au village, on l’appelait « Abdallah Bou chek chouken » (celui qui ramassait les pièces usées).tout le monde le connaissait, et tout le monde était son ami. Le collectionneur de babioles, gros, petits et de toutes sortes, avec son habillement excentrique, burnous, gandoura, été comme hiver, coiffé d’une chéchia décorée de meilleurs objets trouvés et équipé pour la circonstance d’un instrument métallique en guise d’arme en bandoulière.
Le voila, tôt le matin, parcourant le village de long en large à travers ses ruelles et ses recoins bien particuliers, tels les cafés et les dépotoirs « aghoudi l’djemaa » à la recherche de bricoles de toutes natures, mais il jetait son dévolu sur les pièces métalliques et les objets tordus ,surtout les capsules de bouteilles de soda qu’il rafistolait et redressait chez son ami le forgeron du village Hakim Uchargui pour ensuite confectionner des accessoires fabuleux comme les porte-clés et les boucles d’oreilles qu’il épinglait sur ses vêtements.
Dda Abdallah avait passé toute sa vie à collectionner ces choses concrètes perceptibles et fantaisistes chères à ses yeux.il faut voir l’excitation et l’émotion qu’il dégageait à chaque fois qu’il tombait sur un objet peu ordinaire. C’est un véritable comportement d’adoration, voire quasi névrotique, qu’il faut aller chercher probablement dans sa petite enfance où le pouvoir de l’objet transitionnel lui permettait de soulager sa peur de la solitude. Ainsi son gout pour ces objets contrebalançait entre les traumatismes d’une enfance sans amour, où ceux subits lors de sa participation à la seconde guerre mondiale en Allemagne et pour contre carrer ce manque affectif, ses sentiments se portaient inéluctablement sur un objet fétiche.
Dda Abdallah NIth Ammar, était un homme solitaire qui vivait dans son monde à lui, sans déranger personne et sans jamais vivre loin des siens. À cette époque les gens refusaient d’enfermer les fous, pour des raisons religieuses, de dignité et de moyens aussi. Leur intégration au sein de la collectivité était considérée comme thérapeutique.
Il faut dire, qu’en ces temps-la, presque dans chaque famille ou à la rigueur dans chaque hameau il y avait un fou. Abdallah NIth Ammar, Abderrahim Uabbas, l’ Bachir NIth Bahmed, à Tanaqoucht, Si- Smail à Aghdane Salah et bien d’autres qui hantaient de jour comme de nuit les villages environnants.
Ces personnages, psychologiquement perturbés, qui ont perdu la raison, exclus de la société, ceux-là qui entendaient des voix que personne n’entendait, voyaient ce qui n’existe pas, parlaient un discours en rupture avec la norme.et leur intégration dans la société est synonyme de réactions tantôt cruelles, tantôt protectrices, car ils restaient des marginaux, vus comme des êtres bizarres, et la peur de l’étrange, sœur de la différence, des simplets, les innocents du village.
Ces gens qui ont perdu l’esprit, des personnages particuliers voire mythiques qui paradoxalement occupaient un rôle central dans la population.il jouaient le rôle ingrat, bien que nécessaire en étant le repère de la normalité des gens du village et qui les rassuraient qu’ils sont bel et bien sains d’esprit.
Aujourd’hui la folie n’existe plus, transformée en maladie depuis que ces laissés pour compte ont mis les pieds dans les hôpitaux psychiatriques. Notre professeur de médecine en plaisantant nous disait que le premier patient d’un psychiatre c’est lui-même et Freud considérait que personne n’est entièrement normal.
Un jour, un des neveux de Dda Abdallah, Nadir, voulant lui faire la morale, en lui reprochant son attitude obsessionnelle à ramasser des frivolités.il répondit d’une façon nonchalante et empreinte de sagesse :
-« on ne siffle pas à une personne qui a soif ! »
Pour dire et signifier à l’autre et à tous que le mal est tellement profond et réside dans un besoin réel, naturel et vital : L’amour, un sentiment qu’il n’avait jamais eu durant son enfance, lui qui aimait réciter tel une prose ou un quatrain rimé, la phrase : »iwallah,iwallah,dadakh abdellah ! » En tapant vigoureusement sa main sur sa poitrine.
Dda Abdallah, la mascotte du village, avait une habitude assez particulière, réglée comme un rituel religieux, qui se répétait de manière précise, au même moment et à la même période où il procédait à un grand ménage annuel en faisant le tri et en se débarrassant des objets ramassés durant des mois. C’est alors que tous les voisins et les proches se précipitent avec engouement vers la demeure de Dda Abdallah à la recherche de l’objet rare et la chance sourit parfois à certains d’entre-eux.une bague d’or par-ci, des billets de banque par là, et bien d’autres objets de valeurs.
Lorsque Dda Abdallah avait sentit venir sa mort, il décida spontanément et d’un coup de tête pour l’unique fois de sa vie à peindre sa chambre et d’installer l’électricité, lui qui avait passé toute sa vie éclairé par une bougie !et quand le jour arriva, les villageois ont eu la surprise de découvrir, Dda Abdallah impérialement allongé sur son lit de mort, propre, imperturbable, la chambre impeccablement peinte baignant dans des couleurs et des lumières.
Dda Abdallah était le premier époux de Tassadit NIth Bahmed, avant qu’elle ne divorce, toutefois, elle garda un lien fraternel , en lui prodiguant les soins et l’affection dont il avait besoin. Elle avait pris pour second conjoint son cousin germain Amar (Dda Mara) NIth Bahmed avec qui elle eu deux enfants, le défunt Abdelkrim, l’électricien et Hamid, le chauffeur de taxi.
Ps : Dda Abdallah avait un ami intime, Aissa Bachir dit Mordjane, (n’Tahar Ouslimane), une personne avec qui, il s’entendait à merveille, j’ai eu le plaisir de le rencontrer, en lui expliquant mon souhait de rendre hommage à Dda Abdallah et à travers lui à tous les malades mentaux du village. Je lui ai demandé alors, la photo qu’ils avaient prise ensemble afin de l’adjoindre à mon article.la photo qui était durant des années exposée dans leur café à disparue depuis. Aucune trace malgré nos innombrables recherches. Au dernier séjour à Guenzet, on m’a orienté vers une autre personne, et je découvre par un pur hasard son fils, Sofiane Yahi, un gentil garçon à daou el kahoua (au dessous du café), qui m’a confirmé en sa possession la fameuse photo de Dda Abdallah qui n’a d’ailleurs pas pu retrouver.. Plus tard, en janvier 2018, son cousin, Dda haya NIth Ammar me remet la fameuse et l’unique photo de Dda abdallâh.que dieu ait son âme.
l.ouali septembre 2017<>

lundi 14 août 2017

Hamid,le porteur d'eau


Hamid Ouamane
Hamid ouamane (ousmail), originaire de Tizi madjber(la colline de Madjber), le pompier de Guenzet quand elle a soif, il approvisionne le village en eau douce surtout en période estivale, et quand l’eau vient à manquer.
Depuis des années la daïra de Guenzet souffre de manque d’eau en dépit de la disponibilité, plus au moins de cette source hydrique à travers les fontaines qui coulent toujours.la distribution est capricieuse et avare, l’eau n’est disponible qu’une fois tous les 3 jours, juste pour une petite heure. Et pour atténuer leur soif, surtout en ces temps de canicule, la plupart des riverains recourent à l’achat du précieux liquide à raison de 1000 à 1500 Da la citerne .c’est alors qu’une idée de génie a germé dans la petite tète de Hamid en louant les services d’un sourcier et forer sur ses terres à la recherche de l’eau.sa ténacité et l'aide des villageois en eu gain de cause en réalisant une sonde, un véritable puits avec un bon débit qui alimente le village à la hauteur de 70 pour cent. Depuis notre ami a fait du transport d’eau son métier,il approvisionne les demandeurs de cette denrée précieuse et prend ainsi le surnom de Hamid Ouamane.
Autrefois, le problème de l’eau était l’affaire des femmes, comme la djemaa était aux hommes, la fontaine était aux femmes. Ou comme disait l’autre si la Kabylie est un corps humain, la fontaine en serait le cœur. Remplir, transporter, de l’eau, à midi aux heures des méridiennes torrides, et aux premières lueurs de l’aurores, dans des amphores, cruches, bassines, bidons, était une activité au quotidien. Puis vint le temps des hommes à aller chercher cette marchandise à dos d’ânes et de mulets quand les sources se tarissent.
Maintenant, que les fontaines en Kabylie sont en voie de disparition et avec elles disparaissent les réseaux sociaux pour les femmes. Car chez –nous la fontaine est une expression de liberté et de bien-être d’une société. L’eau, tout comme la femme, c’est la vie.
Il faut voir dans l’expression, d’une femme avec une cruche d’eau, une symbolique d’une fusion créatrice. La présence de la femme à une fontaine est aussi un défi à la dominance masculine, et l’établissement de l’équilibre dans une société patriarcale et la fontaine fut également l’espace propre à la femme kabyle ou elle peut librement s’exprimer.
J’oserais dire qu’une fontaine sans femmes est l’abnégation de la vie.la victoire de la laideur sur la beauté, de l’absence sur la présence, C’est éminemment un lieu de savoir, où le l’oralité des vieilles femmes est transmises aux plus jeunes.
Hamid, fait autant avec son tracteur garni d’une citerne, pour que l’eau commune et indispensable à tous devint une marchandise, il fait de ce travail un gain pain, mais aussi une façon de perpétuer le traditionnel métier de porteur d’eau, et un moyen de tisser et d’entretenir les bonnes relations avec les villageois.
Un bonjour par –là, une salutation par-ci, un arrêt spontané à la demande et le voila avec son carnet bien garni à la main, soigneusement entretenu, pour porter commande et donner des rendez –vous qui sont d’ailleurs scrupuleusement respectés.
Hamid est un homme riche, non pas en biens puisqu’il possède une belle demeure dans une grande agglomération, mais il a préféré vivre parmi les siens et leur être utile.dynamique, il est toujours près à étancher la soif des riverains, et répondre aux demandes en eau de la population qui pour les besoins de la construction, de fête, ou autres, même si le thermomètre dépasse ou chute allègrement les températures saisonnières.
Infatigable, imperturbable, car tous les porteurs d’eau qui végétaient dans le village ont sciemment abandonnés, seul Hamid ,debout tel un olivier millénaire a courageusement résisté aux aléas du temps et des hommes pour prospérer dans cette richesse du pauvre.
Hamid est un bonhomme vivant, souriant, toujours sur son trente et un, serviable à souhait et aux petits soins avec la clientèle surtout envers la catégorie seniors à qui il donne la priorité, lui qui répète sans cesse à qui veut l’entendre … « place aux hommes et aux bétails », Car lorsqu’on lui avait fait commande à notre tour de nous approvisionner en eau, pour l’arrosage des plantes afin de les prévenir contre l’excès de chaleur, sa réponse fut nette et sans appels :
-« en ce temps de disette, la priorité va aux humains, quant aux arbrisseaux, ils peuvent espérer les lendemains meilleurs. »
Hamid, le pompier, le porteur d’eau, le porteur de vie d’ith Yaala, Je te salut l’artiste.
L.OUALI AOUT 2017